lundi 10 août 2009

Le boîtier de la discorde électrique

Vue de loin, l’affaire Voltalis pourrait faire sourire. Ce petit boîtier destiné aux logements «tout-électriques» est commandé à distance par l’industriel, pour alléger la consommation électrique sur le réseau français. RTE adore le principe, elle qui doit en permanence réguler l’offre et la demande électrique pour maintenir l’équilibre sur le réseau électrique. Quand c’est difficile, RTE contacte Voltalis, qui actionne à distance ses boîtiers et contribue à effacer la pointe de consommation.

Sur le papier, tout le monde y trouve son compte: le client qui voit sa consommation baisser (ça reste à prouver, voir plus loin), RTE qui gère au mieux son réseau, et Voltalis qui est rémunéré par RTE pour sa performance. Tout le monde? Et bien non, puisqu’EDF fait si bien la gueule qu’elle vient d’obtenir de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) que Voltalis l’indemnise pour le manque à gagner. Parce que bien évidemment, chaque kwh effacé n’est pas acheté et fait baisser le chiffre d’affaires d’EDF (et de ses concurrents).

Et c’est bien là toute l’ambiguité. EDF tolère que ses clients baissent le radiateur. Certes il y a un manque à gagner, mais pas d’industriel pour en profiter, et donc personne à punir (si ce n’est d’une hausse du prix du kwh qu’affectionne EDF par les temps qui courent). Mais la firme de Gadonneix, qui vient de réclamer une forte hausse des tarifs pour financer ses gamelles dans le nucléaire et dans l’électricité britannique, ne saurait accepter qu’une petite boite se fasse du pognon sur son dos. Ce que réclame EDF suffirait probablement à mettre Voltalis à genoux. Faut quand même pas déconner, les économies d’énergie (et surtout d’effet de serre) ne doivent pas amputer la soif de rachat et d’OPA de Gadonneix et de ses sbires.

Cette histoire est d’autant plus absurde que le boîtier de Voltalis préfigure (en version low-tech) ce qu’un réseau de distribution intelligent pourrait être: un réseau dont les équipements sont capables de retarder leur démarrage pour effacer une pointe, et donc éviter le démarrage de centrales à gaz ou à charbon qui rejette du gaz carbonique. En version low-tech seulement.

Finalement, le dindon de la farce dans cette affaire, ce serait plutôt le consommateur. Qui croît économiser de l’argent quand seul Voltalis fait recette. Car retarder un radiateur de 15 minutes dans un logement régulé, c’est simplement retarder la consommation, pas la supprimer (pour ça, il y en a qui ont inventé l’interrupteur, c’est très efficace). De la même manière pour un chauffe-eau, qu’il faudra bien chauffer sous peine de se geler sous sa douche. Et donc le manque à gagner ne serait pas si élevé pour EDF. (1)

Alors pour mettre tout le monde d’accord, voici une clé de répartition de la petite manne financière. On oublie EDF qui n’a qu’à mieux travailler avec RTE. Ça lui évitera d’acheter du gaz. On rémunère Voltalis parce que la firme contribue à la cause climatique, et on en reverse une partie au consommateur qui après tout participe à l’affaire. Et pour finir, on met à la retraite les membres de la CRE, en leur offrant le dernier opus de Jancovici, un DVD d’Arthus ou d’Al Gore, et le compte-rendu complet du Grenelle de l’environnement.

(1) Vu à une échelle plus grande, le ministère des finances pourrait instaurer un nouveau mode de rémunération des services de l’Etat (puisqu’il parait que ce que veut imposer la CRE n’est pas une taxe). Quand vous évitez d’acheter un produit, vous versez une partie de la TVA que vous auriez payé en délestant votre porte-monnaie. Avec ça, fini le déficit budgétaire!

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